Laboratoire d'archéologie du Québec
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Ravier. DessusImage
Photo : René Bouchard 2020, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Ravier. DessousImage
Photo : René Bouchard 2020, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Ravier. DétailImage
Photo : René Bouchard 2020, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal

LOCALISATION

PROVENANCE ARCHÉOLOGIQUE+

Provenance archéologique

BjFj-4 > Opération 20 > Sous-opération D > Lot 6 > Numéro de catalogue 331

Contexte(s) archéologique(s)

Cave
Cellier
Dépotoir
Marché

Région administrative

Montréal

MRC

Montréal

Municipalité

Montréal

Fonction du site

domestique
commerciale
technologique
institutionnelle

ÉVALUATION D'INVENTAIRE+

Le ravier a été sélectionné pour la collection archéologique de référence du Québec, car il est associé aux caves situées sous les celliers du premier marché Sainte-Anne (1834-1844). Le ravier présente également un intérêt en raison de son décor, de sa forme et de son fabricant. Il s'agit aussi d'un objet rarement rencontré en contexte archéologique québécois.

SYNTHÈSES ET RÉFÉRENCES+

Synthèse historique

Le ravier en terre cuite fine blanche est possiblement fabriqué par la firme Josiah Wedgwood and Sons vers 1815 à Stoke-on-Trent dans le Staffordshire, en Angleterre. L'objet est moulé et cuit une première fois. Une partie du décor imprimé brun est transférée sur la pièce biscuitée et rehaussée de bleu de cobalt. La pièce est trempée dans la glaçure avant d'être recuite en cazette. À la suite de cette cuisson, la seconde partie du décor est peinte sur la glaçure. La pièce est de nouveau cuite à plus basse température.

Le ravier est un plat utilisé pour le service des hors-d'œuvre. Il consiste en un récipient allongé, excédant rarement 25 cm de longueur. Les extrémités du ravier sont fréquemment relevées, à l'image d'un bateau. Le plat est décoré du motif No. 5 « Chrysanthemum » ou « Cryxa », un motif introduit pour la première fois par la célèbre firme anglaise Wedgwood possiblement en 1808. Ce riche motif décoratif est né de l'engouement pour les motifs provenant de l'Asie de l'Est. De la fin du XVIIIe siècle au milieu du XIXe siècle, les pièces avec décors imprimés sont les objets les plus chers sur le marché en comparaison aux pièces décorées peintes, décorées à l'éponge ou à l'engobe. Cependant, certaines pièces au décor imprimé sont plus onéreuses que d'autres malgré la fixation des prix chez les potiers. Il s'agit des productions de certains potiers comme Wedgwood associées aux marchés des classes aisées. D'après le contexte de sa découverte en milieu commercial, ce ravier peut avoir servi à plusieurs utilisateurs, comme des commerçants, des employés ou des visiteurs de passage. Il peut entre autres avoir été utilisé comme vaisselle dans une cantine ou d'autres lieux de restauration établis au marché. Cependant, en raison de sa grande qualité et de sa date de production relativement ancienne par rapport aux autres céramiques trouvées dans le même contexte, ce ravier peut également être un objet de seconde main invendu par l'un des regrattiers du marché.

Le ravier a été mis au jour en 2011 sur le site archéologique de la place D'Youville, à Montréal. À son inauguration en 1834, le marché Sainte-Anne offre en location plusieurs espaces. Le rez-de-chaussée loge des bouchers, des poissonniers et des vendeurs de volailles, alors que les portiques abritent des regrattiers ambulants. L'étage supérieur accueille des rassemblements ponctuels et des organisations diverses. L'étage inférieur est constitué de 28 celliers accessibles seulement de l'extérieur par des escaliers qui y descendent depuis la rue. Ce sont des espaces commerciaux loués à l'année ou au mois. En dix ans, ils hébergent des poissonniers et des vendeurs de denrées diverses, mais également de nombreux locataires éphémères de métiers et d'occupations variés, tels des cantiniers, des apothicaires et des artisans. Les archives judiciaires démontrent également que ces celliers abritent, à certaines occasions, des bordels et des débits de boisson illégaux.

Le ravier provient de la cave des celliers de la section nord du corps central du premier marché Sainte-Anne (1834-1844). Sous les décombres du Parlement incendié le 25 avril 1849, plusieurs monticules de déchets ont été localisés par les archéologues le long des murs entre les piliers ou contreforts soutenant les planchers des celliers du marché. Ces monticules ont révélé une importante quantité d'artéfacts complets après remontage qui aurait été jetée dans les caves par les trappes des planchers des celliers avant 1844 ou 1849. Étant donné leur position stratigraphique et l'absence d'altération par le feu, ces artéfacts sont associés à la période d'occupation des celliers par divers locataires du premier marché. Le ravier a été restauré entre 2011 et 2023.

RÉFÉRENCES

Ethnoscop inc. Marché Sainte-Anne/Parlement du Canada-Uni, Montréal (BjFj-4). Fouilles archéologiques, 2011. Rapport de recherche archéologique [document inédit], Quartier international/Pointe-à-Callière/Ville de Montréal/MCCCF, 2012. 90 p.
GATES ST-PIERRE, Christian et Yves MONETTE. Feu : Lueurs et fureurs. Archéologie du Québec. Montréal, Pointe-à-Callière, cité d'archéologie et d'histoire de Montréal/Les Éditions de l'Homme, 2022. 199 p.
GIGNAC, François et Hendrik VAN GIJSEGHEM. « Une occupation domestique au parlement de la province du Canada, à Montréal, 1844-1849 ». Archéologiques. No 35 (2022), p. 19-36.
HILDYARD, R. J. C. English Pottery, 1620-1840. London, V & A Publications, 2005. 240 p.
MILLER, George L. « A Revised Set of CC Index Values for Classification and Economic Scaling of English Ceramics from 1787 to 1880 ». Historical Archaeology. Vol. 25, no 1 (1991), p. 1-25.
Pointe-à-Callière, musée d'archéologie et d'histoire de Montréal. Montréal capitale : l’exceptionnelle histoire du site archéologique du marché Sainte-Anne et du parlement de la province du Canada. Montréal, Les Éditions de l'Homme, 2021. 236 p.
REILLY, Robin. The collector's Wedgwood. Huntington, N.Y., Portfolio Press, 1980. 312 p.