
Québec assiégée : sous le feu des pièces d'artillerie
Paul-Gaston L'Anglais
La collection de projectiles d'artillerie à la poudre noire conservée par la Ville de Québec illustre de façon éloquente l'histoire mouvementée de cet établissement français fondé en 1608. Par la diversité de leurs formes et de leurs usages, ces pièces témoignent à la fois de l'arsenal disponible aux 17ᵉ, 18ᵉ et 19ᵉ siècles et des moyens déployés pour défendre Québec. Elles renseignent également sur l'artillerie utilisée par les forces armées qui cherchèrent, au fil du temps, à s'emparer de Québec.
Un blocus maritime et quatre sièges militaires ! Les deux premiers siècles d'existence de la ville de Québec furent chargés de conflits armés comme aucun autre établissement en terre d'Amérique n'en aura connu. Son rôle de capitale de deux empires coloniaux en Amérique de même que sa situation de port terminal pour tous les navires venant d'Europe en firent une place convoitée par les grandes puissances européennes, en guerre presque continuelle.
Les projectiles les plus anciens de la collection de la Ville de Québec proviennent des caves du Palais de l'intendant, situé au pied de la côte du même nom. À la suite de l'incendie en 1713, les caves du bâtiment ne furent que partiellement nettoyées, ce qui permit la découverte de boulets de 4 et de 6 livres, ainsi que de quelques grenades inutilisées.
Pour la période postérieure, la variété des calibres s'impose : des boulets de 8, 12, 16, 18, 24 et même 36 livres ont été récoltés. Ils rendent compte du large éventail des calibres de canons qui défendaient Québec au cours du second quart du 18e siècle. La plupart furent d'ailleurs récoltés sur le site de la batterie Dauphine, qui s'étendait parallèlement au fleuve Saint-Laurent pour contrer le passage en amont des navires ennemis. S'y joignent des boulets de pierriers. Il est connu que ces petits canons portatifs de calibre de 1, 2 et 3 livres armaient les navires et les embarcations. Faciles à déplacer, ils convenaient aussi pour la défense des postes éloignés. Ces munitions en fonte de petit calibre, entreposées dans les Magasins du roi de Québec, leur étaient sans doute destinées.
Si aucun projectile de la collection ne semble témoigner du siège de Québec en 1690 par la flotte de William Phips, il en va tout autrement pour le siège de 1759 mené par les troupes du général Wolfe. D'une durée de plus de deux mois, ce siège a laissé de nombreuses traces, sous la forme d'une centaine de boulets et de cinquante bombes. Ces projectiles forment le noyau le plus impressionnant de la collection. Les calibres de 12, 18, 24 et 32 livres illustrent à merveille la puissance des canons braqués sur Québec, au même titre que les bombes de mortier de 13 pouces d'un poids de 200 livres. Les fouilles ont même livré quelques grosses bombes intactes, avec leur fusée en bois, signe que leur système de mise à feu pouvait faillir.
Le siège qui suit immédiatement, en avril 1760, et qui visait la reprise de la ville des mains des Anglais, n'a guère laissé de projectiles repérables dans la collection. Les calibres employés par le chevalier de Lévis sont similaires à ceux de l'artillerie anglaise, et les mêmes zones ont été canonnées plus d'une fois.
Le dernier siège encaissé par la ville de Québec est celui de 1775-1776. Mené par les indépendantistes des colonies anglaises, il se déroula sur une période de six mois, entre décembre et mai. Leurs tirs ont touché plusieurs zones de la ville, que ce soit la haute ville intra muros, la basse ville du côté du fleuve Saint-Laurent, ainsi que le secteur de l'ancien palais de l'intendant, du côté de la rivière Saint-Charles.
Si les zones visées sont éparses, le calibre des boulets de canon était, selon les informations disponibles, limité à 12 livres; quelques boulets de 6 et 9 livres complètent l'échantillonnage. Ce sont toutefois les munitions antipersonnelles qui détonnent dans la collection. Plusieurs balles de grappes de raisin ainsi que des balles de boîtes à mitraille, toutes tirées par des canons, ont été découvertes en bon nombre dans le secteur de l'ancien palais. La documentation ancienne confirme qu'il s'agit d'une zone où les protagonistes ont échangé des tirs sur une longue période.
Quant aux projectiles explosifs, ils ont aussi été employés par les deux camps. Les assiégeants se sont limités aux petits calibres de 4 2/5 et de 5.5 pouces, qui ont causé fort peu de dommages. Les assiégés, beaucoup mieux armés, n'ont pas hésité à employer leurs gros mortiers de 13 pouces. En font foi deux grosses bombes intactes retrouvées pour l'une en haute-ville, près de l'une des batteries des assiégeants, et, pour l'autre, en basse-ville près de leur quartier établi dans l'Hôpital général. Le plus étonnant est qu'il s'agit de bombes de fabrication française, reconnaissables à la lèvre qui entoure leur goulet et à leurs anses. Elles ont été abandonnées sur place par les troupes françaises lors de leur départ, en septembre 1759. Les artilleurs anglais ont plus tard fait reprendre du service à ces bombes pour contrer l'invasion américaine et défendre la capitale coloniale qu'ils avaient durement conquise une quinzaine d'années auparavant.
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