Forts français
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Forts militaires français

Simon Santerre

Au cours de la période coloniale, tant au Régime français (1534-1760) qu’au Régime anglais (1760-1867), la défense du territoire est une préoccupation d’importance pour les autorités royales. Les établissements militaires défensifs peuvent alors être de plusieurs types, tels les forts palissadés, les forts de pierre ou les forts de terre. L’évolution des contextes sociopolitiques et des conflits armés à diverses époques module l’emplacement des forts ainsi que la forme qu’ils prennent. La fonction et l’importance d’un poste, combinées aux capacités guerrières de l’ennemi potentiel, influencent les types de défenses déployées, tout comme les efforts et les budgets qui y sont consacrés. Par exemple, les forts de pieux ne sont que de peu d’utilité contre des troupes dites « à l’européenne » dotées d’un train d’artillerie. Bien que les sites archéologiques considérés pour la sélection d’artéfacts soient tous situés sur le territoire québécois, il faut garder en mémoire que les frontières de la Nouvelle-France s’étendaient bien au-delà de la vallée laurentienne à l’époque.

Au cours du Régime français, la défense du territoire est d’abord marquée par les guerres franco-iroquoises qui se concluent en 1701, avec la signature de la Grande Paix à Montréal. Afin de protéger les colons des raids fréquents dans la région Montréalaise, les autorités décident de construire un chapelet de forts le long de la rivière Richelieu, principale porte d’entrée pour les troupes en partance des colonies britanniques et du poste d’Albany. Les hommes du régiment de Carignan-Salières, arrivés en Nouvelle-France en 1665, se chargent alors de la construction des forts Sorel, Saint-Louis (Chambly), Saint-Jean, Sainte-Thérèse et Sainte-Anne (actuellement dans l’état de New York).

Malgré la fin des hostilités avec les Iroquois, les conflits en Nouvelle-France ne sont pas terminés. Les guerres de Succession d’Espagne (1701-1713) et d’Autriche (1740-1748), bien qu’elles se déroulent principalement sur le continent européen, ont des répercussions sur les systèmes de défense mis sur pied dans la colonie. L’ennemi devient anglais. Les forts Saint-Jean, Chambly et Sainte-Thérèse reprennent notamment du service.

Quelques années plus tard, l’éclatement de la guerre de Sept Ans (1754-1760) et le déroulement de ses diverses campagnes voient les frontières de la Nouvelle-France se resserrer progressivement pour ne ceindre que la région de Montréal en 1759. Trois forts temporaires sont alors construits à la hâte afin de protéger la ville. Le fort de l’Île-au-Noix est construit sur une île du même nom. Son rôle consiste à nuire à l’avancée des troupes anglaises installées sur les rives du lac Champlain à la fin de cette même campagne, et ce, après s’être emparées du poste de Saint-Frédéric (actuellement dans l’état de New York).

La perte de la ville de Québec la même année force les militaires français à établir un poste entre Québec et Montréal afin de nuire à l’avancée des troupes britanniques, mais aussi pour préparer une contre-attaque sur la capitale. Ils ont alors construit le fort Jacques-Cartier, à l'embouchure de la rivière du même nom et du fleuve Saint-Laurent. Enfin, la perte des postes des Grands Lacs et du fort Frontenac entraîne la construction d’un troisième fort temporaire, le fort Lévis. Ce dernier est construit à l’ouest de Montréal sur Chimney Island (actuellement en Ontario).

Les villes aussi sont considérées comme des postes militaires d’importance. Toutefois, le corpus d’artéfacts sélectionnés pour constituer la collection archéologique de référence du Québec n’inclut que des postes frontaliers ou des établissements dont la principale fonction était de protéger une frontière ou d’approvisionner un autre lieu à des fins militaires et défensives.

Afin de bien cerner en quoi consiste un fort militaire, il importe de clarifier deux concepts. Il y a d’abord la notion de fort. Tous les établissements fortifiés ne sont pas militaires. En effet, certaines missions, villages, fermes et certains postes de traite étaient défendus par de hauts murs de pierres ou par des palissades de pieux. Certains comprenaient même des bastions aux angles. Toutefois, ces lieux n’étaient pas principalement destinés à la défense d’un territoire, mais plutôt au commerce, à l’évangélisation ou à l’agriculture. En revanche, dans certains cas, les autorités coloniales y voient des opportunités intéressantes afin d’occuper un territoire à peu de frais. En effet, les coûts de construction des ouvrages défensifs de ces établissements sont payés par les commerçants, les ordres religieux ou les seigneurs qui en étaient responsables et propriétaires. La couronne y poste parfois des troupes ou des milices et même des ingénieurs militaires qui assistent à la conception des ouvrages.

Les sites archéologiques choisis pour cette sélection se concentrent essentiellement aux postes construits ou occupés par des militaires, lesquels servaient à protéger un territoire ou une voie d’accès. Il s’agit de lieux faisant partie d’un plan de défense concerté et établi par les autorités militaires coloniales.

En somme, la sélection d’artéfacts présente une variété d’objets que les archéologues sont susceptibles de découvrir en fouillant un site à caractère militaire. L’un des premiers constats qui se dégagent de cet exercice est la prépondérance d’objets domestiques liés à la vie quotidienne à l’intérieur des forts, doublée de la faible représentativité d’objets à caractère essentiellement militaire. Bien que l’on y trouve plusieurs objets associés à la guerre, les soldats et officiers qui étaient stationnés à ces endroits consacraient la majeure partie de leur temps à la construction et à l’entretien du fort ainsi qu’à la préparation d’expéditions. Ils y menaient une vie quotidienne relativement simple, occupée à l’alimentation, à la chasse, à la pêche et parfois aux loisirs.

ARTÉFACTS DE CETTE FAMILLE
Vue du fort Chambly et de la rivière Richelieu en 1840
Plan Profils Elévations du Fort de Chambly dans la Nouvelle France 1734
Source : Archives nationales d’outre mer (France) ANOM FR CAOM 3DFC500B
Plan du fort Saint-Jean sur la rivière Richelieu, vers 1750.
Plan du fort Saint-Jean sur la rivière Richelieu, vers 1750.
Canadian military heritage (www.cmhg.gc.ca/cmh/en/image_178.asp?page_id=219)
Plan des fortifications de l’Ile-aux-noix, sur la rivière Richelieu, par Thomas Waker, vers 1760.
« Plans des forts faicts par le regiment Carignan Salieres sur la riviere de Richelieu dicte autrement des Iroquois en la Nouvelle France », par Le Mercier, François, 1666, dans Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle France, és années 1664 & 1665 (Sebastien Cramoisy & Sebastien Mabre-Cramoisy eds.) BANQ http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2247005.