Laboratoire d'archéologie du Québec
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Tasse ou vide-tasse. Vue générale - Côté AImage
Photo : Daphnée Bouchard 2025, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Tasse ou vide-tasse. Côté BImage
Photo : Daphnée Bouchard 2025, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Tasse ou vide-tasse. Côté CImage
Photo : Daphnée Bouchard 2025, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Tasse ou vide-tasse. Côté DImage
Photo : Daphnée Bouchard 2025, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Tasse ou vide-tasse. DessusImage
Photo : Daphnée Bouchard 2025, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Tasse ou vide-tasse. DessousImage
Photo : Daphnée Bouchard 2025, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal

LOCALISATION

PROVENANCE ARCHÉOLOGIQUE+

Provenance archéologique

BjFj-4 > Opération 31 > Sous-opération E > Lot 15 > Numéro de catalogue 1486

Contexte(s) archéologique(s)

Cave
Cellier
Dépotoir
Marché

Région administrative

Montréal

MRC

Montréal

Municipalité

Montréal

Fonction du site

domestique
commerciale
technologique
institutionnelle

ÉVALUATION D'INVENTAIRE+

La tasse ou vide-tasse a été sélectionnée pour la collection archéologique de référence du Québec, car elle est associée aux caves situées sous le premier marché Sainte-Anne (1834-1844). L'objet offre également un bon exemple de céramique liée à la table et à la consommation de boissons chaudes disponible au Québec au XIXe siècle entre 1815 et 1840.

SYNTHÈSES ET RÉFÉRENCES+

Synthèse historique

La tasse ou vide-tasse en terre cuite fine de type « pearlware » est fabriquée au Royaume-Uni entre 1815 et 1840. Le type céramique peut également être identifié comme de la terre cuite fine à glaçure bleutée. L'objet est tourné et tournassé, puis cuit. Un décor est ensuite peint sur la tasse avant qu'elle ne soit trempée dans la glaçure et cuite une dernière fois en cazette. La forme de l'objet est communément appelée « bol à thé » ou « Common Shape » et est inspirée des tasses en porcelaine chinoise. Cette forme est produite depuis le XVIIe siècle en Angleterre avec l'introduction du thé et des services à thé en porcelaine chinoise. Cette forme simple à produire au tour devient vite la forme la plus commune pour les objets liés au thé fabriqués en terre cuite fine de type « creamware », « pearlware » et à glaçure bleutée. Elle s'impose sur le marché jusque dans les années 1820, où elle se fait tranquillement remplacer par la forme « London Shape ».

Les décors peints sont alors principalement associés aux services à thé, aux bols et autres objets creux. De 1800 à 1860, c'est d'ailleurs près de soixante pour cent des objets liés au thé achetés en Amérique du Nord qui sont peints, et particulièrement avant 1840. Il s'agit d'une vaisselle décorée peu coûteuse en comparaison à celles aux décors imprimés. Les décors peints de la première moitié du XIXe siècle peuvent être datés selon les couleurs employées et le style du motif. Les décors monochromes bleu de cobalt à motif floral aux larges traits comme ceux sur cet objet sont caractéristiques de la période comprise entre 1815 et les années 1830.

Les dimensions du récipient se situent entre la tasse à déjeuner et le vide-tasse. Il est utilisé pour la consommation ou lors du service de boissons chaudes comme le thé, le café ou le chocolat. D'après le contexte de sa découverte en milieu commercial, cette tasse peut avoir servi à plusieurs utilisateurs, comme des commerçants, des employés ou des visiteurs de passage. Son faible coût d'achat en fait également une céramique idéale pour une cantine ou d'autres lieux de restauration établis au marché. Cette tasse peut aussi être un objet de seconde main invendu par l'un des regrattiers du marché.

La tasse ou vide-tasse a été mise au jour en 2017 sur le site archéologique de la place D'Youville, à Montréal. À son inauguration en 1834, le marché Sainte-Anne offre en location plusieurs espaces. Le rez-de-chaussée loge des bouchers, des poissonniers et des vendeurs de volailles, alors que les portiques abritent des regrattiers ambulants. L'étage supérieur accueille des rassemblements ponctuels et des organisations diverses. L'étage inférieur est constitué de 28 celliers accessibles seulement de l'extérieur par des escaliers qui y descendent depuis la rue. Ce sont des espaces commerciaux loués à l'année ou au mois. En dix ans, ils hébergent des poissonniers et des vendeurs de denrées diverses, mais également de nombreux locataires éphémères de métiers et d'occupations variés, tels des cantiniers, des apothicaires et des artisans. Les archives judiciaires démontrent également que ces celliers abritent, à certaines occasions, des bordels et des débits de boisson illégaux.

L'objet provient de la cave des celliers de la section sud de l'aile ouest du premier marché Sainte-Anne (1834-1844). Sous les décombres du Parlement incendié le 25 avril 1849, plusieurs monticules de déchets ont été localisés par les archéologues le long des murs entre les piliers ou contreforts soutenant les planchers des celliers du marché. Ces monticules ont révélé une importante quantité d'artéfacts complets après remontage qui aurait été jetée dans les caves par les trappes des planchers avant 1844 ou 1849. Étant donné leur position stratigraphique et l'absence d'altération par le feu, ces artéfacts sont associés à la période d'occupation des celliers par divers locataires du premier marché.

RÉFÉRENCES

EARLS, Amy C. et George L. MILLER. « War and Pots: The Impact of Economics and Politics on Ceramic Consumption Patterns ». Ceramics in America (2008), s.p.
Ethnoscop inc. Fouilles, sondages et surveillance archéologique sur la Place d'Youville Ouest, site du Marché-Sainte-Anne-et-du-Parlement-du-Canada-Uni (BjFj-4). Rapport de recherche archéologique [document inédit], Pointe-à-Callière/MCCQ/Ville de Montréal, 2018. 78 p.
GIGNAC, François et Hendrik VAN GIJSEGHEM. « Une occupation domestique au parlement de la province du Canada, à Montréal, 1844-1849 ». Archéologiques. No 35 (2022), p. 19-36.
GOSS, Steven. British tea and coffee cups, 1745-1940. Oxford, Shire Publications, 2008. 48 p.
LABONTÉ-LECLERC, Mélissa et Delphine LÉOUFFRE. « Pearlware ». MÉTREAU, Laetitia, dir. Identifier la céramique au Québec. Cahiers d'archéologie du CÉLAT, 41. Québec, CÉLAT, 2016, p. 231-235.
MILLER, George L. « A Revised Set of CC Index Values for Classification and Economic Scaling of English Ceramics from 1787 to 1880 ». Historical Archaeology. Vol. 25, no 1 (1991), p. 1-25.
MILLER, George L. « Common Staffordshire cup and bowl shapes ». Maryland Archaeological Conservation Lab. Diagnostic Artifacts In Maryland [En ligne]. https://apps.jefpat.maryland.gov/diagnostic/Post-Colonial%20Ceramics/Cup%20Shapes/Essay%20on%20Cup%20&%20Bowl%20Shapes.pdf
Pointe-à-Callière, musée d'archéologie et d'histoire de Montréal. Montréal capitale : l’exceptionnelle histoire du site archéologique du marché Sainte-Anne et du parlement de la province du Canada. Montréal, Les Éditions de l'Homme, 2021. 236 p.