Laboratoire d'archéologie du Québec
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Pichet. Faces externesImage
Photo : Daphnée Bouchard 2025, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Pichet. Faces internesImage
Photo : Daphnée Bouchard 2025, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal

LOCALISATION

PROVENANCE ARCHÉOLOGIQUE+

Provenance archéologique

BjFj-4 > Opération 32 > Sous-opération N > Lot 7 > Numéro de catalogue 1670

Contexte(s) archéologique(s)

Cave
Cellier
Dépotoir
Marché

Région administrative

Montréal

MRC

Montréal

Municipalité

Montréal

Fonction du site

domestique
commerciale
technologique
institutionnelle

ÉVALUATION D'INVENTAIRE+

Le pichet a été sélectionné pour la collection archéologique de référence du Québec, car il est associé aux caves situées sous les celliers du premier marché Sainte-Anne (1834-1844). L'objet offre également un bon exemple de céramique liée à la table disponible au Québec à partir du deuxième quart du XIXe siècle. Le pichet présente aussi un intérêt en raison de son matériau.

SYNTHÈSES ET RÉFÉRENCES+

Synthèse historique

Le pichet en terre cuite fine est produit au Royaume-Uni entre 1830 et 1850. Il se distingue par sa pâte, qui est teinte en bleu pâle de manière uniforme lors de la préparation de l'argile. Le corps ainsi que l'anse sont moulés séparément, puis l'anse est collée au récipient. Le pichet est cuit une première fois, puis est trempé dans la glaçure pour finalement être cuit une dernière fois.

Inspiré du « Jasperware » introduit par Wedgwood à la fin du XVIIIe siècle, de nombreux pichets à motifs moulés et colorés dans la masse font leur apparition sur le marché dédié à la classe moyenne à partir des années 1830. Abordables, ceux-ci sont généralement réalisés en grès teint. Des produits similaires en terre cuite fine colorée dans la masse sont également fabriqués à la même époque. Des versions beaucoup moins dispendieuses sont également disponibles au même moment. Celles-ci sont réalisées en porcelaine, en grès ou en terre cuite fine, mais leur pâte n'est pas teinte dans la masse. C'est plutôt la surface extérieure des objets qui est recouverte d'une couche d'engobe de couleur unie afin d'imiter ces céramiques teintes de manière moins dispendieuse. Il existe très peu de terres cuites fines colorées dans la masse datée d'avant 1850 dans les collections archéologiques du Québec.

Le pichet est un récipient de service utilisé à la table pour transvaser et servir des boissons. Au XIXe siècle, les pichets se déclinent en plusieurs grandeurs pouvant contenir entre une demi-pinte et deux pintes de liquide. D'après le contexte de sa découverte en milieu commercial, ce pichet peut avoir servi à plusieurs utilisateurs, comme des commerçants, des employés ou des visiteurs de passage. Il peut également avoir été jeté dans les caves en tant qu'objet invendu.

Le pichet a été mis au jour en 2017 sur le site archéologique de la place D'Youville, à Montréal. À son inauguration en 1834, le marché Sainte-Anne offre en location plusieurs espaces. Le rez-de-chaussée loge des bouchers, des poissonniers et des vendeurs de volailles, alors que les portiques abritent des regrattiers ambulants. L'étage supérieur accueille des rassemblements ponctuels et des organisations diverses. L'étage inférieur est constitué de 28 celliers accessibles seulement de l'extérieur par des escaliers qui y descendent depuis la rue. Ce sont des espaces commerciaux loués à l'année ou au mois. En dix ans, ils hébergent des poissonniers et des vendeurs de denrées diverses, mais également de nombreux locataires éphémères de métiers et d'occupations variés, tels des cantiniers, des apothicaires et des artisans. Les archives judiciaires démontrent également que ces celliers abritent, à certaines occasions, des bordels et des débits de boisson illégaux.

Le pichet provient de la cave des celliers de la section sud de l'aile est du premier marché Sainte-Anne (1834-1844). Sous les décombres du Parlement incendié le 25 avril 1849, plusieurs monticules de déchets ont été localisés par les archéologues le long des murs entre les piliers ou contreforts soutenant les planchers des celliers du marché. Ces monticules ont révélé une importante quantité d'artéfacts complets après remontage qui aurait été jetée dans les caves par les trappes des planchers avant 1844 ou 1849. Étant donné leur position stratigraphique et l'absence d'altération par le feu, ces artéfacts sont associés à la période d'occupation des celliers par divers locataires du premier marché.

RÉFÉRENCES

Ethnoscop inc. Fouilles, sondages et surveillance archéologique sur la Place d'Youville Ouest, site du Marché-Sainte-Anne-et-du-Parlement-du-Canada-Uni (BjFj-4). Rapport de recherche archéologique [document inédit], Pointe-à-Callière/MCCQ/Ville de Montréal, 2018. 78 p.
GAUVIN, Robert. Guide des céramiques selon la nomenclature en vigueur à Parcs Canada - Région du Québec. Québec, Parcs Canada, 1995. 215 p.
GIGNAC, François et Hendrik VAN GIJSEGHEM. « Une occupation domestique au parlement de la province du Canada, à Montréal, 1844-1849 ». Archéologiques. No 35 (2022), p. 19-36.
HENRYWOOD, R. K. An illustrated guide to British jugs : from medieval times to the twentieth century. Shrewsbury, Swan Hill Press, 1997. 256 p.
HILDYARD, R. J. C. English Pottery, 1620-1840. London, V & A Publications, 2005. 240 p.
Pointe-à-Callière, musée d'archéologie et d'histoire de Montréal. Montréal capitale : l’exceptionnelle histoire du site archéologique du marché Sainte-Anne et du parlement de la province du Canada. Montréal, Les Éditions de l'Homme, 2021. 236 p.