Laboratoire d'archéologie du Québec
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Bombe de mortier. Vue généraleImage
Photo : Jacques Beardsell 2025, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal

LOCALISATION

PROVENANCE ARCHÉOLOGIQUE+

Provenance archéologique

CeEt-621 > Opération 1 > Sous-opération H > Lot 99 > Numéro de catalogue 1

Contexte(s) archéologique(s)

Indéterminé

Région administrative

Capitale-Nationale

MRC

Québec

Municipalité

Québec

Fonction du site

domestique
institutionnelle
religieuse

ÉVALUATION D'INVENTAIRE+

La bombe de mortier a été sélectionnée pour la collection archéologique du Québec, car son calibre de 10 pouces ainsi que le lieu de sa découverte indiquent que la bombe a vraisemblablement été tirée par les Britanniques lors du siège de Québec de 1759. Elle a aussi été choisie parce qu'elle fait partie de la collection de référence de projectiles d'artillerie de la Ville de Québec.

SYNTHÈSES ET RÉFÉRENCES+

Synthèse historique

La bombe de mortier en fonte et en fer forgé d'un calibre de 10 pouces est moulée en châssis et en sable au XVIIIe siècle, probablement en Angleterre. Ce procédé nécessite de verser de la fonte liquide dans un châssis en bois rempli de sable compacté. Dans le centre du châssis se trouve une empreinte sphérique creuse remplie de fonte liquide avec un noyau permettant une forme creuse. Les anneaux de suspension en fer forgés, aujourd'hui manquants, sont ajoutés dans des cavités situées de part et d'autre du goulet de fusée avant l'ajustement des deux parties du moule, puis celui-ci est ajusté et la fonte est coulée.

Les bombes de mortier sont des projectiles d'artillerie. Ces sphères creuses en fonte sont d'abord remplies de poudre à canon par le goulet, une ouverture circulaire située au sommet, puis fermée d'un bouchon en bois. Au moment du tir, le bouchon est remplacé par une fusée à mèche qui est allumée lors de l'expulsion du projectile par le mortier. Une fois la cible atteinte, le projectile explose grâce à la fusée. Les bombes de mortier sont tirées au-dessus des fortifications, notamment, afin d'exploser à l'intérieur des ouvrages et des villes fortifiés. Elles peuvent aussi incendier les bâtiments dont elles défoncent les toitures du fait de leur poids élevé. D'après le contexte de sa découverte et son calibre britannique de 10 pouces, cette bombe a vraisemblablement été tirée vers le monastère des Récollets par des artilleurs anglais mis en batterie à Lévis lors du siège de Québec de 1759. Des mortiers britanniques de 10 et 13 pouces y étaient alors mis en batterie. Une fois tiré, le projectile n'a pas éclaté, demeurant entier. La bombe pourrait avoir roulé lors de son atterrissage, écrasant la tête de sa fusée et éteignant la mèche. Le mauvais état de la bombe, dont la fonte semble altérée par une exposition à une chaleur élevée et dont le sommet est fissuré par endroits, pourrait être causé par l'incendie qui a ravagé le monastère en 1796.

La bombe de mortier a été mise au jour en 1992 sur le site archéologique du monastère des Récollets, à Québec. Vers 1660, la sénéchaussée, ou cours de justice est construite sur cet emplacement. Le bâtiment est ensuite cédé aux Récollets en 1681 pour le transformer en hospice géré par les Récollets. En 1692, les Récollets quittent leur monastère de la basse-ville, le long de la rivière Saint-Charles, pour s'installer en haute-ville. Entre 1693 et 1713, les bâtiments environnants sont intégrés pour former un ensemble monastique regroupant une église, l'hospice et un monastère. Les tirs d'artillerie, lors de la Conquête de 1759, ainsi que l'invasion américaine de 1775-1776, abiment les bâtiments, qui sont remis en état à chaque fois; et l'ensemble est incendié en 1796. Au cours de cette période, le culte anglican était dispensé à la chapelle des Récollets, qui n'a pas été détruite. Les vestiges sont rasés en 1799 pour laisser place à un premier palais de justice, à l'agrandissement de la place d'Armes et à la cathédrale Holy Trinity, qui occupe toujours l'emplacement aujourd'hui. Notablement, il s'agit du premier édifice construit pour servir uniquement de cathédrale anglicane hors de la Grande-Bretagne.

RÉFÉRENCES

L'ANGLAIS, Paul-Gaston. La collection de projectiles d’artillerie du site du patrimoine mondial de Québec : pour la défense et pour l’attaque. Document non publié, Ville de Québec, Aménagement et développement urbain, Division de l'architecture et du patrimoine, 2022. 233 p.
MOSS, William, dir., Catherine FORTIN, Dominique LALANDE et Serge ROULEAU. L'archéologie du monastère des Récollets à Québec (CeEt-621). Cahiers d'archéologie du CÉLAT, 4. Québec, CÉLAT, 1998. 310 p.