Laboratoire d'archéologie du Québec
< RETOUR À LA RECHERCHE
Boulet ramé. Vue généraleImage
Photo : Mathieu Landry 2024, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal

Collections archéologiques de la Ville de Québec

LOCALISATION

PROVENANCE ARCHÉOLOGIQUE+

Provenance archéologique

CeEt-387 > Opération 1 > Sous-opération E > Lot 6 > Numéro de catalogue 31

Contexte(s) archéologique(s)

Remblai

Région administrative

Capitale-Nationale

MRC

Québec

Municipalité

Québec

Fonction du site

domestique
militaire

ÉVALUATION D'INVENTAIRE+

Le boulet ramé a été sélectionné pour la collection archéologique du Québec, car d'après le lieu de sa découverte ainsi que son calibre propre à l'artillerie britannique, il pourrait s'agir d'un témoin du siège américain de 1775-1776. Il s'agirait d'un projectile anglais réutilisé par les Américains. Il a également été choisi parce que ce boulet fait partie de la collection de référence de projectiles d'artillerie de la Ville de Québec.

SYNTHÈSES ET RÉFÉRENCES+

Synthèse historique

Le boulet ramé en fonte serait fabriqué avant 1775 en Europe. Ce type de projectile est composé de deux demi-sphères en fonte reliées sur leur surface plane par une tige en fer. D'abord, la tige est forgée et coupée à la longueur voulue. Ensuite, la barre est insérée dans un châssis en bois rempli de sable de manière à être placé au centre des côtés plats des empreintes de demi-sphères en négatif qui serviront à couler le boulet ramé. C'est lors du coulage de la fonte que la barre centrale est reliée aux demi-boulets pour former la munition complète.

Le boulet ramé de six livres est un projectile d'artillerie de forme sphérique qui doit être propulsé par un canon du même calibre. Les boulets ramés, composés de deux sections de sphères reliées entre elles par une tige de fer, servent à endommager la voilure et la mâture des navires ennemis. Cette tige peut être recouverte d'un morceau de tissu imbibé de poix qui s'enflamme lors du tir et incendie les voiles avec lesquelles il entre en contact. Il s'agit d'un calibre utilisé par les Britanniques aux XVIIIe et XIXe siècles. Cependant, d'après le lieu de sa découverte, il s'agirait d'un projectile britannique réutilisé par des soldats américains lors du siège de Québec de 1775-1776. Il demeure possible que le boulet ait été tiré par les artilleurs anglais. Quoi qu'il en soit, il a été utilisé comme munition antipersonnel, de manière à blesser ou tuer des belligérants.

Le boulet de canon a été mis au jour en 1986 sur le site de la place D'Youville, à Québec. Au cours de la période historique, entre 1730 et 1745, de nombreux bâtiments y sont construits, alors que le faubourg Saint-Jean s'établit en dehors des murailles. En 1745, de nouvelles fortifications avancées sont érigées pour fermer sur toute sa longueur le front ouest de la haute-ville; un fossé, un mur de contre-escarpe et un chemin couvert sont aménagés, mais le glacis n'est pas terminé; son absence amène des habitants à ériger des habitations sur son emplacement. Puis en 1775 l'invasion américaine mène à la destruction de plusieurs habitations par les autorités militaires pour libérer l'espace et empêcher l'ennemi de s'y installer. Le secteur et le faubourg Saint-Jean sont le théâtre de nombreux échanges de tirs d'artillerie entre décembre 1775 et mai 1776. Un glacis est aménagé par la suite vers 1815, ce qui amène la démolition de tous les édifices sur une partie du site. Un incendie consume le faubourg en 1845. Les habitations sont reconstruites; les défenses avancées sont démolies et sont remplacées en 1875 par le marché Montcalm, une halle qui est en activité jusqu'en 1931. La place D'Youville est aujourd'hui une place publique située au carrefour du palais Montcalm, de la porte Saint-Jean et de nombreux commerces.

Le boulet a été découvert dans des couches de sol remaniées. Le niveau où il a été trouvé est d'abord associé à la construction d'habitations et aux premières occupations du secteur de la place D'Youville entre 1730 et 1760 environ. Les niveaux sont remaniés et perturbés lors de l'érection du glacis et de sa contrescarpe près de la porte Saint-Jean. Le boulet a été découvert sur le glacis et il a été restauré en 1987 dans les laboratoires de l'Université Laval.

RÉFÉRENCES

L'ANGLAIS, Paul-Gaston. La collection de projectiles d’artillerie du site du patrimoine mondial de Québec : pour la défense et pour l’attaque. Document non publié, Ville de Québec, Aménagement et développement urbain, Division de l'architecture et du patrimoine, 2022. 233 p.
LAPOINTE, Camille. Fouille et surveillance archéologiques place D'Youville, Québec. Rapport de recherche archéologique [document inédit], Ville de Québec, Service de l'urbanisme, Division du Vieux-Québec et du patrimoine, 1988. 353 p.