Laboratoire d'archéologie du Québec
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Boulet de canon. Vue générale 1/2Image
Photo : Jacques Beardsell 2025, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Boulet de canon. Vue générale 2/2Image
Photo : Jacques Beardsell 2025, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal

PROVENANCE ARCHÉOLOGIQUE+

Provenance archéologique

CeEt-30 > Opération 6 > Sous-opération C > Lot 13 > Numéro de catalogue 535

Contexte(s) archéologique(s)

Incendie
Magasins du Roi

ÉVALUATION D'INVENTAIRE+

Le boulet de canon a été sélectionné pour la collection archéologique de référence du Québec, car il est représentatif d'un type de munition et d'un calibre de canon utilisé tant par l'armée française que l'armée britannique. Le contexte de sa découverte présente aussi un intérêt, puisqu'il provient d'un dépôt de pièces d'armes à feu situé dans les magasins du Roi, érigés face au palais de l'intendant en 1716 dans la ville de Québec. Ceux-ci ayant été incendiés accidentellement en 1760 par les Britanniques lors de la contre-attaque menée par le chevalier de Lévis, ce boulet pourrait témoigner de la guerre de Conquête et du siège de Québec par l'armée britannique. Il a également été choisi parce qu'il fait partie de la collection de référence de projectiles d'artillerie de la Ville de Québec.

SYNTHÈSES ET RÉFÉRENCES+

Synthèse historique

Le boulet de canon en fonte est fabriqué entre 1716 et 1760, probablement en Europe. Le boulet sphérique d'un calibre de six livres est moulé en châssis et en sable. Ce procédé nécessite de verser de la fonte liquide dans un châssis en bois rempli de sable compacté. Dans le centre du châssis se trouve une empreinte sphérique creuse, qui est remplie par la fonte.

Le boulet de six livres est un projectile d'artillerie devant être propulsé dans un canon du même calibre. Il s'agit d'un calibre de boulet utilisé par la marine de l'armée française, mais également par l'armée britannique. D'après le contexte de sa découverte, il est possible que le boulet ait été entreposé dans les magasins du Roy érigés face au palais de l'intendant, de 1716 à 1760 dans la ville de Québec. Cependant, les magasins sont incendiés en 1760 par l'armée britannique qui met le feu accidentellement sur le quartier et sur ses propres positions lors de la contre-attaque menée par le chevalier de Lévis. Ce boulet pourrait donc également provenir d'un canon de calibre de six livres anglais et témoigner du siège de Québec. Le boulet est couvert de corrosion active, probablement causée par son séjour dans le sol.

Le boulet de canon a été mis au jour en 2006 sur le site archéologique de l'îlot des Palais, à Québec. Il est découvert dans l'une des caves du premier Palais. Celui-ci est aménagé à partir de la brasserie du premier intendant de la colonie, Jean Talon (1626-1694), qui était en poste de 1669 à 1675. À partir de 1687, le palais est agrandi vers l'est afin d'accueillir la salle du Conseil supérieur, des prisons et des cachots, et afin d'offrir un espace pour entreposer les marchandises du roi. Des latrines extérieures sont ajoutées sur les façades avant et arrière. La portion ancienne de l'édifice est réservée à l'intendant, à sa famille et à leurs domestiques, qui l'occupent des caves aux combles. Par la suite, une grande boulangerie est érigée perpendiculairement au palais, face à sa portion centrale. Le palais est détruit lors d'un incendie, en janvier 1713, lequel épargne cependant la boulangerie.

En 1716, un nouvel édifice est érigé sur les fondations, les caves et les anciens cachots du premier Palais et sert d'entrepôts pour les marchandises du roi ainsi que de boulangerie. Les magasins du roi servent à entreposer les marchandises et les vivres destinés à l'armée, à la milice et aux postes et avant-postes de la colonie. Ces bâtiments sont détruits par un incendie en mai 1760, lors de la contre-attaque de l'armée française contre les troupes britanniques installées à Québec, lesquelles incendient accidentellement le quartier.

Le boulet a été découvert dans des niveaux interprétés comme correspondant à un dépôt de pièces d'armes à feu dans les magasins du Roy. Il pourrait donc s'agir d'une munition française entreposée sur place, ou encore d'un boulet britannique propulsé lors du siège de 1759 par l'armée britannique.

RÉFÉRENCES

FORTIN, Michel et Marcel MOUSSETTE. Le site du premier palais de l'intendant à Québec (CeEt-30) : rapport préliminaire de la deuxième campagne de fouilles, 1983. Rapports et Mémoires de recherche du CÉLAT, 3. Québec, CÉLAT, 1984. 43 p.
L'ANGLAIS, Paul-Gaston. La collection de projectiles d’artillerie du site du patrimoine mondial de Québec : pour la défense et pour l’attaque. Document non publié, Ville de Québec, Aménagement et développement urbain, Division de l'architecture et du patrimoine, 2022. 233 p.
MOUSSETTE, Marcel. Le site du Palais de l’intendant à Québec : Genèse et structuration d’un lieu urbain. Québec, Septentrion, 1994. 232 p.