Laboratoire d'archéologie du Québec
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Bénitier d'applique. Face avantImage
Photo : Mathieu Landry 2022, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Bénitier d'applique. Face arrièreImage
Photo : Mathieu Landry 2022, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Bénitier d'applique. Vue généraleImage
Photo : Mathieu Landry 2022, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Bénitier d'applique. Vue de côtéImage
Photo : Mathieu Landry 2022, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal

PROVENANCE ARCHÉOLOGIQUE+

Provenance archéologique

CeEt-80 > Opération 13 > Sous-opération C > Lot 7 > Numéro de catalogue 12

Contexte(s) archéologique(s)

Latrines
Militaire
Religieux

ÉVALUATION D'INVENTAIRE+

Le bénitier d'applique a été sélectionné pour la collection archéologique de référence du Québec, car il a été retrouvé sur le site patrimonial du Monastère-des-Augustines-de-l'Hôtel-Dieu-de-Québec. Il a également été choisi, car le contexte de sa découverte est associé à l'occupation des lieux par les soldats britanniques entre 1759 et 1784. Finalement, le bénitier représente le caractère religieux des lieux.

SYNTHÈSES ET RÉFÉRENCES+

Synthèse historique

Le bénitier d'applique en terre cuite fine de type « creamware » est moulé entre 1763 et 1854 en Europe d'après le contexte de sa découverte. Composé de trois fragments formant la moitié inférieure du bénitier, cet objet porte plusieurs ornementations moulées, tels un Christ crucifié, des ailes d'anges et une tête d'enfant. Il comporte un bassin et un dosseret plat.

Le bénitier d'applique est un objet liturgique de la religion catholique. Pendu au mur, il contient de l'eau bénite dont chacun se sert pour se signer. Au XVIIe siècle, les reliquaires et les bénitiers sont en demande, conséquemment à l'essor de nouvelles pratiques dévotionnelles. Ces objets apparaissent après le Concile de Trente et sont spécifiquement adaptés aux nouvelles formes de prière privée, au sein même du foyer. Le bénitier-applique est destiné à une utilisation spécifiquement domestique de l'eau bénite. Cet objet nait au moment où la recommandation de l'usage de l'eau bénite dans les guides de prière s'accorde avec la sacralisation de plus en plus marquée du quotidien des croyants. Il se diffuse alors largement dans toutes les couches sociales. Ainsi, le fidèle doit commencer sa journée en se signant avec l'eau bénite et faire de même avant de s'endormir. L'eau bénite possède plusieurs vertus, dont celles de lutter contre les maladies, les tentations et les démons. Le petit format des bénitiers domestiques permet une fabrication et une diffusion à faible coût. Ceux fabriqués en cuivre, en laiton, en céramique ou en bois sont moins onéreux que ceux fabriqués en argent ou en ivoire. Ils sont souvent placés près du lit pour un usage personnel. La France, l'Espagne et l'Italie sont de grands producteurs et fournisseurs de bénitiers au Québec.

Le bénitier d'applique est utilisé à l'Hôtel-Dieu de Québec. Marie-Madeleine de Vignerot du Pont-de-Courlay, marquise de Combalet, future duchesse d'Aiguillon et nièce du cardinal de Richelieu, acquiert une concession initiale de douze arpents dans la Haute-Ville de Québec pour y établir un hôpital géré par la communauté des Augustines de Dieppe. Trois jeunes femmes françaises débarquent à Québec le 1er août 1639 et fondent L'Hôtel-Dieu de Québec, qui devient alors le premier hôpital en Amérique situé au nord du Mexique. Les Augustines jettent ainsi les bases du système de santé actuel au Québec. Cet objet pourrait être suspendu près du lit d'une religieuse, ou encore d'un militaire. Effectivement, le monastère est réquisitionné par les soldats britanniques durant la Conquête. Ces derniers occupent les lieux de 1759 à 1784, y laissant plusieurs traces matérielles.

Le bénitier d'applique est mis au jour entre 2013 et 2014 sur le site patrimonial du Monastère-des-Augustines-de-l'Hôtel-Dieu-de-Québec, à Québec. Depuis 1639, plusieurs bâtiments sont ajoutés à l'Hôtel-Dieu de Québec, formant ainsi un important complexe hospitalier et monastique, et ce, malgré un important incendie qui frappe le complexe le 7 juin 1755. En 1955-1956, le site voit la construction d'un hôpital moderne qui est ensuite intégré au Centre hospitalier de Québec en 1995.

L'objet a été retrouvé dans des sols associés à des latrines mises en place au moment de la construction du monastère en 1695 et utilisées par les militaires après la conquête, entre 1759 et 1784. La fouille de ces latrines n'a révélé que très peu de matériel associé à la période française. Les Hospitalières utilisaient probablement très peu la fosse des latrines comme zone de rejets domestiques. Toutefois, de nombreux artéfacts liés à l'occupation militaire du monastère entre 1759 et 1784 ont été identifiés. Les soldats britanniques utilisaient donc les latrines pour leurs besoins personnels, mais également comme dépotoir. Un bénitier d'applique similaire a été retrouvé sur le site du Petit Séminaire de Montréal lors de l'intervention archéologique de 2017.

RÉFÉRENCES

Artefactuel. Le Monastère se dévoile: Interventions archéologiques 2013-2015 au site du Monastère-des-Augustines-de-l'Hôtel-Dieu-de-Québec (CeEt-80). Rapport de recherche archéologique [document inédit], Fiducie du patrimoine culturel des Augustines, 2016. 812 p.
Ethnoscop inc. Lieu de mémoire habité des Augustines (CeEt-80). Étude de potentiel et inventaire archéologiques. Rapport de recherche archéologique [document inédit], Fiducie du patrimoine culturel des Augustines, 2016. 104 p.
FRIANT, Emmanuelle. Le catholicisme matériel : les objets de piété privée dans la France des XVIe et XVIIe siècles. Université de Nancy 2, 2009. 839 p.
HADE, Isabelle. « Note de recherche. De l'école à la guerre: le Petit séminaire de Montréal (BiFj-5) à travers la culture matérielle ». Archéologiques. No 32 (2019), p. 89-104.
LESSARD, Michel. La nouvelle encyclopédie des antiquités du Québec. Montréal, Éditions de l'Homme, 2007. 1103 p.