Laboratoiree d'archéologie du Québec
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Perle de chapelet. Vue généraleImage
Photo : Luc Bouvrette 2016, © Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal

LOCALISATION

PROVENANCE ARCHÉOLOGIQUE+

Provenance archéologique

BjFj-101 > Opération 10 > Sous-opération A > Lot 23 > Numéro de catalogue 1567

Contexte(s) archéologique(s)

Fort

Région administrative

Montréal

MRC

Montréal

Municipalité

Montréal

Fonction du site

commerciale : poste de traite
religieuse
militaire
domestique
entreposage
halte, lieu de surveillance
agricole
institutionnelle
commerciale

ÉVALUATION D'INVENTAIRE+

La perle de chapelet fait partie de la collection archéologique de référence du Québec parce qu'elle a été mise au jour sur le site du fort de Ville-Marie.

SYNTHÈSES ET RÉFÉRENCES+

Synthèse historique

Cette perle de chapelet a été façonnée avec un outil à partir d'un os d'animal, puis polie par abrasion. Elle est percée d'un trou qui la traverse d'un pôle à l'autre et d'un autre trou qui la traverse perpendiculairement au premier. La perforation centrale est légèrement décentrée et laisse supposer que ce travail a été fait hors de l'atelier de fabrication. Le décor de la perle se compose de trois anneaux incisés.

La perle de chapelet fait partie d'un ensemble de perles similaires réunies par un fil de cuivre ou une cordelette pour former un chapelet, objet de dévotion servant à la pratique individuelle de la prière et du culte chrétiens. En raison de son grand format, cette perle constitue un séparateur marquant la prière du Notre Père. Désignée sous le nom de pater, elle est placée à la suite d'une série de 10 perles sphériques de diamètre inférieur et sans décor. La double perforation laisse supposer que cette perle pourrait être le croisillon.

Le chapelet ordinaire compte cinq dizaines de petites perles, séparées chacune par une grosse perle. Il y a parfois deux autres grosses perles sur la section de la croix. Le croisillon, perle qui permet de fermer l'anneau de 54 perles et de le réunir à la croix, est rarement décoré. Les chapelets garnis de perles en os sont considérés comme les plus communs et les moins luxueux.

Les catholiques et les protestants, de religion chrétienne, se servent d'un chapelet. Le chapelet catholique comprend 59 perles et est pourvu d'une croix ou d'un crucifix ainsi que d'une médaille. Le chapelet anglican compte, du moins de nos jours, 33 perles, à l'image du nombre d'années que le Christ a vécu sur terre, et il est orné d'une croix.

En France, les Jésuites donnent des chapelets en récompenses aux personnes, enfants et adultes, qui savent réciter parfaitement les prières essentielles. La pratique s'est transportée en Nouvelle-France, bien que les documents mentionnent davantage le don de petits tuyaux (perles tubulaires) de verre, de rassades (petites perles rondes) et de bagues en laiton.

Ainsi, en Nouvelle-France, les missionnaires jésuites donnent des chapelets aux Amérindiens nouvellement baptisés pour marquer de manière solennelle l'abandon de leurs anciennes croyances. Le chapelet est léger et peut être transporté par l'Amérindien baptisé dans tous ses déplacements. Les Jésuites en donnent aussi aux mères qui les mettent au cou de leurs enfants, afin de leur faire bénéficier de la protection divine.

Cette perle de chapelet a été mise au jour en 2008 sur le site du fort de Ville-Marie, à Montréal. Ce fort est construit en 1642, agrandi en 1643 et abandonné à partir de 1665, à la suite du départ de Paul de Chomedey de Maisonneuve, l'un des fondateurs de Ville-Marie. Le contexte archéologique de l'objet semble postérieur à 1665, mais il demeure possible qu'il ait été utilisé à l'époque du fort.

Puisque seules quelques perles de chapelet éparses ont été trouvées sur le site du fort de Ville-Marie, sans médaille ni crucifix de chapelet, il se peut qu'elles aient été utilisées comme des perles de verre. Elles auraient pu servir de parure et être échangées ou donné en guise de présent aux Amérindiens en visite sur le site.

Des perles de chapelet en bois ou en os ont été trouvées sur le site de la mission jésuite de Sainte-Marie-au-Pays-des-Hurons, en Ontario, dans un contexte daté entre 1639 et 1649. D'autres, également en bois ou en os, ont été trouvées sur le site patrimonial de l'Habitation-Samuel-De Champlain à Québec, dans un contexte daté entre 1608 et 1632.

RÉFÉRENCES

BÉLANGER, Christian et Brad LOEWEN. Fouilles archéologiques dans l'îlot Callière à Montréal, BjFj-101. Rapport d'activités 2008. Rapport de recherche archéologique [document inédit], MCCQ/Ville de Montréal/Pointe-à-Callière/Université de Montréal, 2010. 131 p.
DESJARDINS, Pauline et Geneviève DUGUAY. Pointe-à-Callière. L'aventure montréalaise. Montréal / Sillery, Vieux-Port de Montréal / Septentrion, 1992. 134 p.
FRIANT, Emmanuelle. Le catholicisme matériel : les objets de piété privée dans la France des XVIe et XVIIe siècles. Université de Nancy 2, 2009. 839 p.
KIDD, Kenneth E. The excavation of Ste Marie I. Toronto, University of Toronto Press, 1949. 191 p.
MOUSSETTE, Marcel et Françoise NIELLON. L'Habitation de Champlain. Collection Patrimoines, série Dossiers, 58. Sainte-Foy, Québec, Publications du Québec, 1985. 531 p.