Laboratoiree d'archéologie du Québec
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Bague dite « jésuite ». FaceImage
Photo : Émilie Deschênes 2018, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Bague dite « jésuite ». Vue généraleImage
Photo : Émilie Deschênes 2018, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Bague dite « jésuite ». DétailImage
Photo : Émilie Deschênes 2018, Creative Commons 4.0 (by-nc-nd) Pointe-à-Callière, Cité d'archéologie et d'histoire de Montréal
Bague dite « jésuite ». DessinImage
Photo : 0, © Caroline Mercier

LOCALISATION

PROVENANCE ARCHÉOLOGIQUE+

Provenance archéologique

DcEs-1 > Numéro de catalogue 4384

Contexte(s) archéologique(s)

Religieux

Région administrative

Saguenay - Lac-Saint-Jean

MRC

Saguenay

Municipalité

Saguenay

Fonction du site

domestique
commerciale
commerciale : poste de traite
commerciale : lieu de rassemblement, marché, auberge
religieuse

ÉVALUATION D'INVENTAIRE+

La bague dite « jésuite » fait partie de la collection archéologique de référence du Québec parce qu'elle est représentative du type stylistique « crucifixion », un décor peu répandu parmi les collections archéologiques du Québec.

SYNTHÈSES ET RÉFÉRENCES+

Synthèse historique

La bague dite « jésuite » est confectionnée dans un alliage désigné sous le nom de « bronze à canon », un alliage cuivreux contenant du zinc et de l'étain. Il se caractérise par sa couleur rougeâtre, sa grande ductilité et sa dureté. Cette bague est associée au modèle de bague estampée-assemblée. Importée de France, elle aurait été embarquée à Rochefort, une base navale active dès sa construction en 1666. Le port militaire est approvisionné par les centres de production de l'Angoumois, de l'Aunis, de la Dordogne, de la Saintonge et du Limousin. C'est par là que transite la plus grande partie des objets offerts aux Amérindiens en guise de présents diplomatiques. Les navires en partance de Rochefort assurent la surveillance et la défense de la Nouvelle-France, en plus de ravitailler les membres de l'administration coloniale, les troupes royales et les divers chantiers royaux.

La mise en forme de la bague combine plusieurs techniques pour fabriquer la plaque et l'anneau, puis pour les assembler. La fabrication de la plaque débute par la mise en forme au marteau d'une petite masse de métal, appelée flan. Une fois amené à la dimension souhaitée, le flan est placé dans une matrice, nommée étampe. Il s'agit d'un moule en métal qui comporte en creux la forme et le décor de la pièce à produire. Le métal est ensuite frappé pour prendre l'empreinte de la matrice, soit à l'aide d'un marteau, soit à l'aide d'une machine (balancier ou mouton). Cette technique donne simultanément à la plaque une forme ovale et un décor estampé en relief.

Le décor de cet artéfact, représentant la crucifixion de Jésus, possède vraisemblablement une connotation religieuse ou magico-religieuse. Le Christ est la figure de proue de la religion catholique des XVIIe et XVIIIe siècles. L'objectif est d'orienter les fidèles vers une piété intérieure en les invitant à honorer les états d'abaissement du Christ dans sa sainte enfance et sa Passion, son rôle de souverain prêtre dans le sacrifice de la messe et l'amour rédempteur de son Sacré-Coeur. La vie terrestre du Christ est également présentée comme un exemple à suivre pour atteindre la perfection. Du XVe siècle au XVIIe siècle, l'engouement pour la piété christocentrique se manifeste à travers toute l'Europe par la prolifération de bijoux dévotionnels représentant le monogramme christique, le buste de Jésus et les scènes de la Passion, parmi lesquelles la crucifixion est la plus populaire.

En Nouvelle-France, la bague dite « jésuite » est un objet de parure porté à la fois par les Français et les Amérindiens. Ce type de bague joue également un rôle important dans les relations franco-amérindiennes.

Cette bague est mise au jour en 2004 sur le site patrimonial du Poste-de-Traite-de-Chicoutimi, au Saguenay. Elle provient d'un sondage réalisé sur la terrasse des « Chapelles ». Celle-ci doit son nom à la présence d'au moins deux chapelles entre le XVIIIe siècle et le début du XXe siècle. La première chapelle, construite vers 1720, fait partie intégrante de la mission jésuite établie au poste de traite de Chicoutimi entre 1676 et 1782. La bague dite « jésuite » fait son apparition sur les sites archéologiques nord-américains après 1660 et perdure jusque vers 1730.

RÉFÉRENCES

MERCIER, Caroline. Bijoux de pacotille ou objets de piété? : les bagues dites « jésuites » revisitées à partir des collections archéologiques du Québec. Cahiers d'archéologie du CÉLAT, 34. Québec, Célat, 2012. 234 p.