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Comment protéger le patrimoine archéologique : l’éthique du collectionneur d’artéfacts

Dans la pratique archéologique, l’ensemble des sites et objets témoignant du passé constitue un patrimoine limité et épuisable. Les humains font partie d’une espèce dont l’apparition sur terre est relativement récente et, bien qu’il puisse aujourd’hui en paraître autrement, nous avons laissé derrière nous une quantité limitée de témoins matériels. Chaque objet détruit ou extrait de son contexte archéologique est un objet de moins pour étoffer notre compréhension du phénomène humain.

Or, partout dans le monde le patrimoine archéologique est menacé, souvent faute de moyens adéquats pour le protéger. Ces menaces ont plusieurs origines : changements climatiques, urbanisation, guerres, etc. Mais paradoxalement, une des menaces provient d’amoureux du patrimoine: les collectionneurs d’objets anciens. Ceux-ci, souvent involontairement, génèrent une demande en artéfacts qui stimule et encourage le pillage de sites archéologiques. Les collectionneurs participent ainsi à un vaste marché global qui se chiffre en milliards de dollars.

Ce marché, qui est tout à fait légal, se nourrit cependant d’activités parfois illégales, particulièrement depuis la convention de l’UNESCO de 1970 qui limite notamment l’importation de biens culturels. Bien que les sociétés d’archéologie réclament des grands encanteurs et des sites de vente en ligne une régularisation du marché des artéfacts, leurs demandes demeurent sans réponse. Éthique et marché sont souvent incompatibles.

Au Québec, la Loi sur le patrimoine culturel contribue à préserver les données archéologiques. Elle stipule que toute intervention sur un site archéologique nécessite l’obtention d’un permis délivré par le Ministère de la Culture et des Communications, sous certaines conditions :

  • Article 68. Nul ne peut effectuer sur un immeuble des fouilles ou des relevés aux fins de rechercher des biens ou des sites archéologiques sans avoir au préalable obtenu du ministre un permis de recherche archéologique et avoir payé les frais établis par règlement du gouvernement pour l’étude de sa demande de permis. 2011, c. 21, a. 68.
  • Article 69. S’il l’estime opportun, le ministre peut délivrer un permis de recherche archéologique à la personne qui en fait la demande et:
    1°  qui satisfait aux conditions prévues par la présente loi et le règlement du ministre;
    2°  dont les compétences, les méthodes de recherche et les ressources professionnelles, matérielles et financières ainsi que la durée prévue pour la recherche permettent, de l’avis du ministre, l’exécution complète et satisfaisante du projet de recherche. Le permis de recherche archéologique autorise son titulaire à effectuer, conformément aux conditions déterminées par la présente loi et le règlement du ministre et à toute autre condition que le ministre peut ajouter au permis, des fouilles ou des relevés aux endroits spécifiés au permis par le ministre.
    2011, c. 21, a. 69.

Ainsi, il est formellement interdit de creuser le sol dans le but de chercher des artéfacts ou de fouiller un site archéologique sans être dûment qualifié. Un projet d’intervention doit être bien planifié et exécuté par des personnes compétentes, afin de préserver tant les vestiges matériels que les informations cruciales qu’ils recèlent, par un enregistrement systématique des données.

Dans cet esprit, un principe directeur que partagent tous les archéologues et qui figure sur toutes les chartes professionnelles, prescrit d’éviter de contribuer directement ou indirectement à la marchandisation du patrimoine archéologique. Cela signifie qu’il faut éviter d’exercer une influence quelconque sur l’offre et la demande, d’acheter ou de vendre des artéfacts ou d’émettre des opinions sur la valeur marchande d’un artéfact. Or, les archéologues sont tenus de diffuser les résultats de leurs recherches. En communicant leur savoir au public, ils peuvent involontairement avoir une incidence sur la valeur de certaines catégories d’artéfacts.

Évidemment, il n’y a rien de mal en soi à tenir et alimenter une collection d’objets. Toutefois, les collections doivent être créées dans la légalité et pour ce faire le collectionneur doit être conscient de certains paramètres fondamentaux:

  • Un artéfact extrait de son contexte archéologique (site archéologique, structure, niveau stratigraphiques, etc.), donc sans documentation adéquate enregistrée par un archéologue professionnel, constitue une perte importante et irréversible de données scientifiques nécessaires à la compréhension d’un site;
  • Le fait de contribuer aux fluctuations de l’offre et de la demande a un impact sur la valeur marchande des artéfacts, ce qui peut mettre en péril le patrimoine archéologique;
  • Il existe un lien direct et démontré entre la demande pour des biens antiques et le pillage de sites archéologiques.

De quelle façon un collectionneur peut-il s’assurer de contribuer à protéger le patrimoine archéologique?

  • Comprendre ce qu’est un artéfact, sa valeur scientifique et la raison pour laquelle il constitue une source de données archéologiques uniques et précieuses pour documenter le passé;
  • Se renseigner adéquatement sur la provenance des objets disponibles sur le marché ainsi que sur la façon dont ils ont été obtenus, comme le font déjà les institutions muséales;
  • Maintenir des principes personnels de bonne pratique et envisager de consulter un archéologue professionnel.

En somme, que nous soyons archéologues, antiquaires, passionnés d’histoire ou collectionneurs, nous partageons tous une fascination pour le passé; soyons partenaires dans sa protection!

En savoir plus

Exposition collection Coverdale
Exposition d’une partie de la collection Coverdale dans la Maison Chauvin à Tadoussac vers 1942. Canada Steamship Lines, "Intérieur de la maison Chauvin" (ca.1942).
Hayward Studios / Bibliothèque et Archives Canada. MIKAN 3554355.
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