Emballage d'artefacts
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Comment pratiquer une saine gestion des collections d’artéfacts?

À la suite d’une intervention archéologique, l’archéologue doit traiter les artéfacts récoltés. Il faut en assurer la validité scientifique et la préservation par une saine gestion soigneusement planifiée. Ainsi, la collection d’artéfacts sera d’abord nettoyée (Comment nettoyer les artefacts) pour ensuite être inventoriée et cataloguée, puis emballée et déposée dans un lieu de conservation adéquat (Comment offrir un environnement adequat aux artefacts).

L’inventaire archéologique de la collection

L’inventaire de la collection consiste à enregistrer chacun des éléments de l’assemblage dans un tableau conçu pour contenir toutes les données pertinentes à la description et à l’identification des artéfacts et écofacts. Le détenteur d’un permis de recherche archéologique est tenu par la loi d’inclure l’inventaire des artéfacts aux annexes de son rapport annuel de recherche (Loi sur le patrimoine culturel, chapitre P-9.002, r. 2.1 – Règlement sur la recherche archéologique, A.M. 2013-01, article 11).

C’est à partir de l’inventaire que l’archéologue pourra interpréter les niveaux stratigraphiques et les secteurs du site archéologique. Il s’agit donc d’une étape cruciale qui nécessite constance et rigueur scientifique. La description et l’identification des artéfacts nécessitent une expertise suffisante en culture matérielle ainsi que l’accès à des référentiels (typologies, matériaux) et à de la documentation pertinente. Il est donc préférable de confier ce mandat à un spécialiste en culture matérielle.

Le tableau d’inventaire peut être créé à partir de logiciels tels qu’Excel, Access ou FileMaker. Il doit comporter différents champs de données essentielles et permettre d’établir des classements, de faire des recherches ciblées et de générer des statistiques. Certaines institutions (universités, Parcs Canada, Ville de Québec, Ville de Montréal) fournissent leur propre gabarit pour l’inventaire des artéfacts.

Il n’existe pas de méthodologie universelle pour remplir le tableau d’inventaire. Néanmoins, certaines informations doivent obligatoirement s’y retrouver :

  • Identification de la provenance (code Borden, numéros d’opération et de lot ou identification du puits, du quadrant et localisation précise);
  • Identification du matériau (terre cuite grossière, terre cuite fine, verre, fer, etc.);
  • Identification de l’objet (contenant, bouteille, clou, assiette, perle, etc.);
  • Constat d’intégrité (complet, entier, fragmentaire);
  • Nombre d’artéfacts (lot d’éclats de débitage, lot de fragments de céramique, etc.);
  • Nombre d’objets (fragments remontables = 1 objet);
  • Identification de la fonction (alimentation, fixation, parure, habillement, etc.);
  • Transcription des inscriptions observables;
  • Description détaillée des décors, des composantes, des altérations, etc. (commentaires);
  • Numéro de catalogue (si l’objet est catalogué).

D’autres champs peuvent très bien s’ajouter au tableau, en fonction des besoins et intérêts de recherche de l’archéologue responsable de l’intervention. Par exemple :

  • Datation;
  • Données reliées à des analyses spécialisées (ex. caractères technologiques des artéfacts lithiques, caractérisation des composantes de la pâte des céramiques, etc.).

Afin d’uniformiser le contenu des inventaires (nomenclature, terminologie), d’en faciliter l’utilisation et de limiter les erreurs, des codes préétablis de classification (par types d’objets, par matériaux et par fonctions) sont souvent utilisés. Il existe différents systèmes :

  • Système de classification de Parcs Canada (Nomenclature en vigueur à Parcs Canada);
  • Système de classification des villes (Québec, Montréal);
  • Systèmes de classification des universités (Université Laval).

Note importante : il est primordial d’adopter un système de nomenclature et une terminologie définie au tout début du processus et de l’appliquer à tous les objets inventoriés. De plus, il est préférable d’éviter les codes et les abréviations. Dans le cas où ces derniers seraient utilisés, il faut alors inclure une légende claire pour les définir.

Voici deux propositions de modèles de base de tableaux adaptés pour les inventaires en contexte historique ou paléohistorique, qui peuvent être bonifiés au besoin :

MODÈLE A : TABLEAU INVENTAIRE HISTORIQUE (EXCEL)

MODÈLE B : TABLEAU INVENTAIRE PALÉOHISTORIQUE (EXCEL)

Le catalogage des artéfacts sélectionnés

Une partie de la collection inventoriée est cataloguée. Cette étape consiste à sélectionner des artéfacts particulièrement significatifs, qui seront marqués d’un numéro de catalogue individuel (Comment numeroter les artefacts). Les critères de catalogage varient d’une collection à l’autre, en fonction des contextes ou de la composition de la collection. Ainsi, le système de catalogage pour une collection provenant d’un contexte paléohistorique implique normalement l’attribution d’un numéro de catalogue à tous les éléments de la collection (outils, éclats de débitage, etc.), tandis qu’un catalogage associé à un site de contexte historique sera effectué suivant des paramètres définis et sera limité à une fraction de la collection.

Les critères de catalogage sont généralement les suivants :

  • Artéfacts entiers ou complets;
  • Artéfacts dont l’identification formelle permet de dater les niveaux et secteurs du site;
  • Artéfacts spécifiquement représentatifs du contexte d’occupation du site (attribution chrono-culturelle, fonction du site, etc.);
  • Artéfacts particulièrement significatifs permettant d’interpréter des niveaux ou des secteurs du site en particulier ou encore le site lui-même (rareté, esthétisme, marqueur socioculturel, activité technique ou technologie spécifique, etc.);
  • Artéfacts avec inscriptions ou décors particuliers ou bien préservés;
  • Échantillon d’artéfacts représentatifs du contenu de la collection intégrale;
  • Artéfacts peu représentés dans les collections de référence.

Certaines catégories d’objets sont systématiquement cataloguées :

  • Les pièces de monnaie et jetons dont les inscriptions sont lisibles;
  • Les bijoux (or, argent, pierres précieuses et semi-précieuses);
  • Les objets identifiables de grandes dimensions.

Les fiches de catalogage permettent de consigner davantage d’informations sur l’objet, des détails plus précis ainsi qu’une photographie.

MODÈLE C : FICHE DE CATALOGAGE (EXCEL)

L’élagage

L’élagage consiste à retirer volontairement certains artéfacts de la collection, que ce soit directement sur le terrain, au moment du nettoyage ou après que l’objet a été enregistré dans l’inventaire. Encore une fois, il n’existe pas de règles formelles concernant l’élagage et il faut le pratiquer avec une grande prudence. Cet exercice est nécessaire pour éviter de surcharger les réserves inutilement, mais ne doit en aucun cas compromettre la validité scientifique des collections ou entraîner une perte irrémédiable de données archéologiques. Ainsi, il est essentiel de pratiquer l’élagage suivant des balises qui sont idéalement définies par un spécialiste en culture matérielle.

Élagage sur le terrain ou lors du nettoyage

Certains types d’artéfacts peuvent être mis de côté directement sur le terrain. Il doit toutefois subsister une trace de leur existence dans les fiches de lots et les notes de terrain (décompte du nombre d’éléments jetés, description, dimensions, inscriptions, etc.) et il peut être pertinent de conserver aussi des relevés photographiques.

Les objets suivants peuvent, sauf exception, être élagués sur le terrain à condition de conserver des exemplaires ou des échantillons qui seront associés au lot correspondant :

  • Les objets fragmentaires qui sont postérieurs à 1950;
  • Les fragments de verre à vitre (conserver un échantillon de chaque variété de teinte ou d’épaisseur, pour chaque lot);
  • Les fragments de verre altérés par la chaleur et informes (conserver un échantillon);
  • Les fragments non diagnostics de matériaux de construction (mortier, brique sans marque, pièces de bois, etc.);
  • Les clous tréfilés;
  • Les résidus métalliques informes, sans indicateur de techno-témoin;
  • Les déchets industriels (mâchefer, laitier, scories, résidus de combustion divers).

Élagage en laboratoire

Au cours de l’inventaire archéologique, le spécialiste en culture matérielle pourra choisir d’éliminer des artéfacts après les avoir enregistrés dans l’inventaire. Il peut s’agir d’objets informes (ex. concrétions métalliques), d’éléments non diagnostics ou très détériorés représentés en très grande quantité (verre à vitre, clous informes et fragmentaires, pièces métalliques très altérées et informes, etc.). Les critères d’élagage doivent cependant être clairement établis au début du processus d’enregistrement et cette information doit être incluse au tableau d’inventaire (identifier les objets élagués dans une colonne ajoutée au tableau d’inventaire).

L’emballage et le dépôt de la collection

Lorsque l’inventaire, le catalogage et le marquage des artéfacts sont complétés, il faut procéder à l’emballage de la collection en vue du dépôt. L’emballage et le lieu de conservation doivent assurer une préservation adéquate.

Les normes générales d’emballage sont les suivantes :

  • S’assurer que les artéfacts sont bien secs avant de les emballer;
  • Pour un dépôt au Laboratoire et à la Réserve d’archéologie du Québec (LRAQ) : utiliser des sacs plastiques transparents;
  • Regrouper les artéfacts par lots et par matériaux (métaux, céramique, verre, etc.);
  • Identifier adéquatement la provenance sur l’emballage ainsi que sur une étiquette placée à l’intérieur du sac (code Borden, lot, date);
  • Classer les artéfacts dans des boîtes identifiées en fonction de l’année de l’intervention archéologique et des lots;
  • Les artéfacts catalogués individuellement sont numérotés, ensachés séparément et réunis dans une même boîte identifiée (une mention dans l’inventaire doit indiquer dans quelle boîte ils se trouvent).

Les collections provenant des propriétés de l’État sont systématiquement déposées au LRAQ. Les collections provenant de propriétés municipales ou privées peuvent également être déposées au LRAQ ou dans un autre lieu à la discrétion du propriétaire. Les collections qui appartiennent à la Ville de Québec ou à la Ville de Montréal sont déposées dans leurs réserves respectives. La procédure à suivre varie en fonction du lieu de dépôt.

  • Dépôt au Laboratoire et à la Réserve d’archéologie du Québec (LRAQ) : pour connaître les détails de la procédure de dépôt, consultez la section Dépôt de collections archéologiques sur le site Web du ministère de la Culture et des Communications du Québec .
  • Dépôt aux réserves de la Ville de Québec et de la Ville de Montréal : contactez les gestionnaires responsables des collections archéologiques.
  • Conservation assumée par le propriétaire de la collection (municipalité, particulier, etc.) : les modalités et le lieu de dépôt sont déterminés par le propriétaire de la collection. Il est toutefois recommandé de suivre les normes d’emballage en vigueur pour le mobilier archéologique et de trouver ou d’aménager un lieu qui est adapté pour assurer la pérennité de la collection. La consultation d’un expert pour guider cette démarche est alors souhaitable.
Inventaire de l’assemblage archéologique
Inventaire de l’assemblage archéologique.
Photo : Marie-Michelle Dionne 2019. © Pointe-à-Callière, Cité d’archéologie et d’histoire de Montréal.
Catalogage et marquage des artéfacts
Catalogage et marquage des artéfacts.
Photo : Marie-Michelle Dionne 2019. © Pointe-à-Callière, Cité d’archéologie et d’histoire de Montréal.
Entreposage en réserve
Entreposage en réserve.
Photo : Marie-Michelle Dionne 2019. © Pointe-à-Callière, Cité d’archéologie et d’histoire de Montréal.
Entreposage en environnement contrôlé
Entreposage en environnement contrôlé.
Photo : Marie-Michelle Dionne 2019. © Pointe-à-Callière, Cité d’archéologie et d’histoire de Montréal.
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