Pointes de projectiles
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Les pointes de projectiles : une remarquable diversité

Jean-Yves Pintal

Pointe de projecitle
Fragment de pointe Clovis (avec contour et emmanchement extrapolé) découvert dans la région du lac Mégantic, au Québec.
© Pointe-à-Callière, dessins Catherine Trottier, 2015.

Le terme « pointe de projectile » recouvre une panoplie d’usages, qu’il n’est pas toujours facile de distinguer : pointe de harpon, de lance, de flèche ou même couteau, perçoir, etc. Dans le cadre de la présente collection virtuelle, la sélection effectuée n'a pas tant cherché à interroger la fonction de l’artéfact, qu'à s’arrêter à son style en tenant compte du fait que ce dernier est emblématique d’une période ou d’un groupe culturel. C’est ainsi que tout objet pointu susceptible d’avoir servi à armer une hampe et présentant des caractéristiques d’emmanchement particulier a été pris en considération. Par la suite, un premier corpus représentatif des principales périodes temporelles et des grandes subdivisions régionales a été élaboré en parcourant la littérature archéologique.

Dans la vallée du Saint-Laurent, les types ont d’abord été définis en Nouvelle-Angleterre, puis utilisés au Québec. La poursuite des recherches a permis de constater que certaines catégories établies en Ontario et dans les provinces maritimes, incluant Terre-Neuve et le Labrador, se retrouvaient aussi au Québec. Finalement, d’autres pointes se rapportent davantage à certaines cultures amérindiennes ayant surtout vécu au Québec.

La typologie des pointes retenue souhaite ainsi illustrer tant la profondeur temporelle que la diversité culturelle propre à l’occupation amérindienne du territoire québécois depuis plus de 12 000 ans. Cela dit, il faut le souligner, le premier corpus proposé ici est très fragmentaire. Ainsi, il aurait été possible de choisir 60 pointes pour chacune des régions du Québec et, même alors, la diversité des styles aurait été à peine abordée! Par ailleurs, certaines chronologies régionales restent à définir. La question de l’adaptation des types exogènes aux matériaux québécois mériterait elle aussi une attention particulière.
ARTÉFACTS DE CETTE FAMILLE

Des chasseurs à l'affût du caribou
Des chasseurs à l'affût du caribou, quelque part en Gaspésie, il y a 9 000 ans environ.
© Marc Holmes, 2015.

Les pointes en pierre du Nunavik (Nord-du-Québec)

Pierre M. Desrosiers

Pointe de projecitle
Pointe triangulaire à base concave du Dorsétien récent, collection Saputik, Nunavik.
© Pierre M. Desrosiers, 2012.

Depuis 4000 ans, la chasse est au cœur de l’évolution humaine sur le territoire du Nunavik. L’outillage utilisé dans cette région polaire comprend une catégorie d’artefacts en pierre dont les deux tranchants convergents forment une pointe. Il n’est cependant pas toujours possible de déterminer s’il s’agit bien de pointes de projectile ou plutôt de couteaux. Les pierres couramment utilisées pour la fabrication des pointes sont le chert, le quartzite ou les pierres schisteuses. Les pointes en chert ou en quartzite sont taillées. La technique de la taille consiste à détacher un éclat à l’aide d’un percuteur dur en pierre, pour ensuite le façonner en une pointe à l’aide d’un percuteur tendre (en bois animal) et parfois un outil à pression. La fabrication des pointes en pierres schisteuses est un peu différente. Les pierres sont fracturées en minces tablettes qui sont ensuite découpées par rainurage. La finition par abrasion permet l’obtention des tranchants latéraux.

Les pointes foliacées sont caractéristiques de l’époque des premiers arrivants, les Prédorsétiens (4000 à 2500 ans avant aujourd’hui). Vers la fin du Prédorsétien et au Groswater (2800 à 2200 ans avant aujourd’hui), la morphologie des pointes tend à évoluer vers des formes triangulaires à base droite qui deviennent caractéristiques du Dorsétien classique (2200 à 1500 ans avant aujourd’hui). Au Dorsétien récent (1500 à 800 ans avant aujourd’hui) la forme des pointes se rapproche plus du triangle isocèle avec des bases concaves. Le Dorsétien se caractérise également par l’utilisation de la technique du « coup de cannelure », qui laisse un négatif d’enlèvement caractéristique (la cannelure) sur la partie distale des pointes.

Le génie des peuples arctiques est bien illustré par la technologie de la pointe losangique qui, habituellement façonnée par abrasion, peut aussi parfois être façonnée par la taille. Ainsi, deux techniques utilisées pour exploiter des matériaux aux propriétés différentes (ex. L’abrasion pour le schiste; la taille pour le chert) sont sollicitées pour produire un même type d’outil.

Enfin, le corpus de pointes se diversifie avec l’arrivée des Inuit il y a 800 ans. Parmi les nouveaux types, on trouve le couteau traditionnel des hommes : le savik. S’ajoute aussi la lame de tête de harpon, plus volumineuse que dans les périodes précédentes et parfois utilisée pour la chasse aux grandes baleines. De manière générale, les Inuit privilégient l’utilisation des pierres schisteuses pour la fabrication des pointes. Celles-ci sont percées à l’aide d’un foret à archet, afin de faciliter l’emmanchement.

POINTES DU NUNAVIK